
Le fauteuil cabriolet fait partie de ces sièges qu’on reconnaît au premier coup d’œil, sans toujours savoir d’où ils sortent. Son dossier galbé traverse les salons depuis trois siècles et continue d’intriguer : pourquoi cette forme enveloppante, et d’où lui vient ce drôle de nom emprunté à une voiture ? On vous raconte la véritable histoire du fauteuil cabriolet et ce qui le rend reconnaissable entre tous.
Un siège né sous la Régence, au tout début du XVIIIᵉ siècle
Le fauteuil cabriolet apparaît en France vers 1715, pendant la Régence, au moment où les intérieurs délaissent les fastes rigides de Versailles pour des pièces plus intimes. Sa marque de fabrique : un dossier concave, en forme de coque, qui épouse le dos et remonte légèrement sur les côtés. Beaucoup plus compact que les grands fauteuils d’apparat de l’époque, il se déplaçait sans effort d’un salon à l’autre. Quant au nom « cabriolet », il vient de ses pieds légèrement cambrés, qui donnaient l’illusion d’un siège prêt à bondir, comme la petite voiture attelée du même nom. Un détail utile si vous chinez : sur un cabriolet ancien, c’est le dossier galbé d’un seul tenant qui signe le style, bien plus sûrement que la forme des pieds.
Ce qui a fait son succès chez les élégants de l’époque

Ce fauteuil a vite séduit la noblesse, séduite par son gabarit léger et sa faculté à se glisser partout : dans un boudoir, près d’une cheminée, voire dans les bagages pour les longs trajets. Là où un siège d’apparat restait figé contre un mur, le cabriolet se voulait mobile, presque nomade avant l’heure.
Son autre atout tenait au confort et à la finition. On l’habillait de matières nobles, soie, velours ou brocart, choisies autant pour la douceur que pour l’allure. La coque du dossier, en enveloppant les épaules, offrait un maintien inhabituel pour un siège aussi menu : c’est cette combinaison de tenue et de raffinement qui l’a installé comme un marqueur de bon goût.
Comment le fauteuil cabriolet a traversé les époques
Le fauteuil cabriolet n’a rien d’une pièce de musée figée : il a évolué au gré des modes. On lui a ajouté des accoudoirs, stabilisé son assise, revu ses proportions ; les tissus et les teintes ont suivi chaque tournant esthétique, du Louis XV chargé aux lignes plus sobres des décennies suivantes. À chaque fois, la coque du dossier est restée, comme un fil rouge.
Le fauteuil cabriolet a donc su franchir les siècles sans se démoder, et c’est bien là son tour de force. Format compact, silhouette galbée, confort enveloppant : trois qualités qui expliquent qu’on le retrouve aujourd’hui aussi bien dans un intérieur chiné que sur les collections de fabricants contemporains, souvent revisité en lin ou en velours côtelé. Si cet article vous a éclairé sur ses origines et sur ce qui le distingue, vous saurez désormais le repérer à sa coque, et comprendre pourquoi il continue de plaire.